Un collier chocolat en création
Souvent j'ai plaisanté, j'habitais dans une grande maison sous laquelle trois caves étaient creusées dans la falaise, je racontais que j'y logeais des clandestins, qui me tenaient compagnie le soir quand la trop grande maison était vide, et travaillaient activement le jour pour faire mes bijoux. Mais là vraiment je n'ai pas la place, dans mon 36m2 appartement-bureau-atelier-show-room, pour loger d'autres travailleurs que moi! Et en-dessous ? Il y a les voisins, qui sont sympas mais peut-être pas au point d'héberger un escadron d'ouvriers masqués. Alors je suis toute seule à essayer de faire avancer les créations, et en ce moment c'est un peu mission impossible - comme tous les ans à la même période, chaque année davantage.
Non, ce n'est pas une petite annonce pour recruter des clandestins...
C'est l'histoire d'un collier en suspens. Du bois, des dentelles, des rubans, du satin, des bouts d'organza, un chocolat travaillé jusqu'au dernier jour de mes vacances marseillaises, à la Toussaint, qui continue à évoluer juste dans ma tête. Quand je me suis arrêtée, je voulais lui associer des pièces métalliques cuivré vieilli. Puis j'ai pensé à des notes cuivre chaud. Et à "virer" le câblé glacé gris, contre un montage perlé. Puis, contre un montage sur lacet. Puis, avec des rubans. Puis, façon collier de chien. Puis, un montage multirangs où il y aurait tout, des rubans, des petites perles, du câblé couleur aventurine. Maintenant, je reviendrai peut-être à un câblé, mais un autre. Quoiqu'un montage au crochet, en crochetant lâche un ruban brun... non ?
C'est l'histoire d'un collier que je n'ai toujours pas eu le temps de reprendre et qui tient là, sur la photo, par une pince à l'arrière du cou. Un collier qui a beaucoup changé dans ma tête et qui est toujours au même stade, des lignes provisoires, avec encore le fil et l'aiguille enfilée, en partance. L'histoire d'un collier qu'il aurait fallu avoir, inachevé, en cinq exemplaires au moins pour pouvoir le faire exister dans tous ces désirs successifs. Maintenant, quel que soit son devenir, il laissera des histoires inabouties derrière lui. Il n'a pas de nom, comme Marseille sous la Révolution était paradoxalement nommée la ville sans nom. L'instantané du collier en instance... :
